Attention aux autres : Epilogue

Attention, ce billet est l'épilogue d'Attention aux autres, qui va donc cesser de paraître tous les lundis. L'ensemble restera en ligne un certain temps et il sera possible de réagir à tel ou tel chapitre si vous ne l'avez déjà fait. Merci à mes fidèles lecteurs du lundi (je sais que vous avez été nombreux, même si peu d'entre vous ont laissé des commentaires). Et à bientôt peut-être.

Allo… SOS Amitié ? Je suis malade, je suis vieux, je suis au chômage, je suis seul, au secours. Allo… SOS Amitié ? J’ai perdu mon mari, ma femme, mon enfant, mon amour, au secours. Allo… SOS Amitié ? Je suis un être humain comme les autres, je n’ai pas de malheurs particuliers, mais je n’ai personne à qui parler, je ne sais pas parler, et la condition humaine me paraît parfois lourde, si lourde. Allo… SOS amitié ? Au secours, au secours…

Les chiens blessés lèchent leurs plaies et leur salive est cicatrisante : ils guérissent. Les êtres humains ne sont pas dotés de cette faculté, mais ils sécrètent le meilleur antiseptique qui soit pour les plaies morales : le langage. Encore faut-il avoir des interlocuteurs. Ce livre aurait pu s’intituler : « Allo… SOS Amitié ? ». Non que les occasions de communiquer me soient rares, mais la différence, les opinions marginales scandalisent. Tu oses t’attaquer à la sacro-sainte procréation systématique ? Scandale. Tu ne pratiques pas l’euphémisme qui pourtant nous protège et nous rassure si bien ? Scandale. Tu ne vas pas jouer les pleureuses aux enterrements ? Scandale. Tu t’indignes de la bêtise, de la méchanceté, de l’injustice, de la vieillesse, de la mort ? Scandale. Le droit à la différence ? Connais pas. Allo… SOS Racisme ? Je suis Française, blanche, cultivée, aisée, mais je suis victime du racisme comme le dernier des immigrés basané, analphabète, chômeur. Curieux paradoxe ? Non. Le racisme idéologique est inhérent à la nature humaine, c’est sa protection, son rempart. Dans la merde jusqu’au cou (voir Exergue), d’accord, mais au moins ça tient chaud. Pas de vagues, surtout, pas de vagues, et encore moins de tempêtes. Que ceux qui aiment les ouragans s’y noient tout seuls et ne dérangent pas les autres.

Je les ai beaucoup dérangés, je crois, puis je me suis lassée, lassée de provoquer l’étonnement, l’incompréhension, l’indignation, lassée de crier aux oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre. L’écriture au moins ne dérange que les volontaires. Livre, bouteille à la mer, te ramasse qui veut, te rejette qui veut. S’il existe sur cette planète des âmes-sœurs brûlant des mêmes colères, habitées des mêmes révoltes, secouées des mêmes orages, il leur sera peut-être doux de déchiffrer le message, comme on décrypte des manuscrits anciens, en s’étonnant d’y retrouver ses propres angoisses, ses propres doutes, ses propres chimères. On a moins froid, tout d’un coup, on se sent moins seul. Si quelques-uns se sentent moins seuls après avoir lu ces pages, j’aurai enfin cessé de crier dans le désert. Livre, tu es moi, mais tu n’es plus à moi. Bon vent. Comme on dit, la vie continue.


Commentaires (4)

1. Brigitte Niquet 24/04/2012

Merci à vous, Laetitia, pour votre fidélité. A bientôt, j'espère. Brigitte

2. Laetitia 24/04/2012

Merci pour ces textes...

3. belaval annie-france 08/04/2012

Pourquoi ça s'arrête ? Je me sens souvent d'accord avec toi et récemment avec ce que tu dis du livre. Que vas-tu écrire après ?

4. clara 04/04/2012

Dommage ! c'est déjà fini, moi je me sentais moins seule dans mes coups de gueule en te lisant, moi aussi parfois je suis lasse de voir que la Différence n'est toujours pas bien vue dans notre société bien propre !

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