Attention aux autres : Lorsque l'enfant paraît...

J'espérais que ce blog susciterait beaucoup de commentaires, mais ceux-ci se font désirer... Aussi aujourd'hui, j'ai décidé de frapper fort et de publier ce texte qui n'a jamais laissé indifférent puisqu'il touche à l'un de nos derniers tabous, la sacro-sainte question de la procréation. Allez-vous réagir, cette fois, chers lecteurs ? J'attends avec impatience !

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille, etc. Eh bien non ! Je n'applaudis pas à grands cris. D'abord, je trouve bien imprudent de se réjouir parce qu'on a engendré un nouveau petit humain dont Dieu seul (c'est une façon de parler) sait comment il s'accommodera de notre existence terrestre. Même quand on fait partie des privilégiés de la fortune et qu'on a, comme on dit, « mis toutes les chances de son côté ». Inutile, évidemment, d'évoquer les futurs parents qui traînent une existence lamentable, misérable, coincés entre une vie professionnelle sans intérêt et sans espoir et les mille et un soucis de la survie quotidienne, et qui font cinq, six, huit enfants, dont ils n'espèrent même pas qu'ils auront une vie meilleure que la leur. Ceux-là ont sans doute l'excuse de l'inconscience.

Admettons donc que le bambin ne fasse pas partie des malchanceux, des inadaptés, des maudits. Alors, j'applaudis ? Non, toujours pas. En fait, lorsque l'enfant paraît, je dirais plutôt merde, ce qui relève du suicide social dans notre civilisation de l'enfant-roi. J'entends déjà crier à l'égoïsme, au manque de sens des responsabilités et autres fariboles et je réponds d’avance.

Parlons-en, justement, de l'égoïsme. Certes, quand on ne fait pas d'enfant, c'est souvent pour préserver un mode de vie auquel on tient. Vouloir faire cohabiter des adultes et des enfants, c'est vouloir marier l'eau et le feu : il faut que l'un des deux cède la place. Il s'agit là d'une évidence, mais à laquelle il vaut mieux avoir réfléchi avant

Combien de futurs parents ont-ils imaginé leur vie après ? Combien savent-ils que l'enfant est, pour l'adulte, un contre-temps perpétuel ? Son rythme biologique est si différent du nôtre qu'il est toujours en forme quand nous avons envie de nous reposer, toujours avide de réponses à ses questions quand nous ne souhaitons que la paix et la tranquillité, toujours prêt à jouer quand un travail urgent ou des soucis lancinants nous occupent l'esprit.

Et surtout avec lui, adieu la vie improvisée et toujours différente, bonjour la routine. Un enfant a besoin de régularité, de normes. Et si moi, je préfère la fantaisie, l'a-normalité ?  Si je veux me garder en « apesanteur », fuir les liens qui vous garrottent si bien qu’un jour ils vous étranglent ? Eh bien, je ne fais pas d'enfant, c'est clair. Et au moins, c'est honnête.

Egoïsme ? Bien sûr. Mais tout est égoïsme. Ne pas faire d'enfants pour préserver les valeurs auxquelles on est attaché, en faire pour connaître les joies que l'on imagine devoir découler de la vie familiale. Que les parents qui ont procréé par altruisme se dénoncent, je n'en connais pas.

Entre l'instinct biologique de prolongation de l'espèce, la peur de manquer une expérience essentielle et irremplaçable, l'angoisse de vieillir seul – voire le souci avoué de se préparer un futur « bâton de vieillesse », les motivations ne manquent pas, mais aucune ne peut, décemment, être appelée « altruiste ».

Certains avouent même naïvement avoir engendré pour « donner un sens » à leur vie. Inouï. Ma vie n'a pas de sens en elle-même, je la duplique pour lui en donner un. Mes rejetons feront de même plus tard. Ubuesque, non ? Qu'on proclame « Laissez-les vivre », soit, mais qu'on sache pourquoi.

Encore faudrait-il savoir, d'ailleurs, si les premiers intéressés le souhaitent. Leur a-t-on demandé leur avis ? Nous remercient-ils tous les jours, ceux que nous avons « laissé vivre » ? Qu'avons-nous à offrir à nos enfants en échange du bienheureux néant d'où nous les avons tirés sans leur demander leur accord ?  Le beau "cadeau" que nous affirmons trop souvent leur avoir fait ne serait-il pas quelque peu empoisonné ?

Sommes-nous bien lucides, en effet, sur ce qui attend nos chérubins, même s'ils font partie des nantis ? Une enfance difficile où ils feront douloureusement l'apprentissage d'un monde sans pitié, une adolescence inconfortable après laquelle ils ne trouveront leur équilibre, s'ils le trouvent, qu'au prix de bien des renoncements, de bien des compromis (faut-il rappeler que 42 % des jeunes drogués viennent de familles « unies, harmonieuses et aisées », sans parler du suicide qui fait chez les jeunes les ravages que l'on sait) et puis très vite, la peur de vieillir, la peur de souffrir, la peur de mourir. Donner la vie, c'est aussi donner la mort, on n'y songe pas assez. Quel cadeau ! L'être humain est le seul vivant capable d'imaginer sa propre mort et comment imaginer l'inimaginable ? Comment vivre la certitude qu'on va mourir ? « Savoir que toute vie n'est que prélude à la mort ne peut que faire hurler de rage tout être conscient. » [1] Sommes-nous des êtres conscients quand nous décidons de nous reproduire ?

Voilà le véritable égoïsme : faire des enfants pour soi, pour se faire plaisir, et après, qu'ils se débrouillent !

J'ai envie de frapper quand j'entends des parents réclamer de la reconnaissance de leurs enfants, dans le style : « Après tout ce que j'ai fait pour toi...». Ce qu'ils ont fait ? Quoi ? Les élever convenablement ? C'est bien le moins, non, après les avoir obligés à vivre ?

Se plaindre de l'ingratitude des enfants, c'est supposer qu'ils nous doivent des remerciements. C'est bien plutôt nous qui leur devons des excuses.

 



 

[1] François Cavanna

L'œil du lapin

 

Commentaires (7)

1. Laetitia 15/01/2012

JPDT : Il y aurait donc un bon et un mauvais trou de serrure ? Le sale d'un côté et les petits oiseaux de l'autre ? C'est un monde bien ennuyeux que le vôtre !

De mon côté, qui n'est ni le bon ni le mauvais, de mon côté de femme ni 100% pessimiste, ni "anti-procréation", je trouve de la pertinence dans ce que racontent les nombrils sales...

2. Brigitte Niquet 12/01/2012

Réponse à JPDT :
Je ne pense pas, dans mon texte, avoir insulté personne. Il m’est donc pénible que vous choisissiez le mode de l’agression personnelle pour me répondre. Je m’attendais, certes, à ce que mes propos suscitent de vives réactions. Vous n’êtes pas le premier à en être choqué et à me le dire, mais vous êtes le premier à le faire en ces termes. J’ai répondu aux autres parce qu’ils cherchaient l’échange, le dialogue, je n’ai que très moyennement envie de vous répondre à vous : que répondre à un texte aussi incohérent, tissé d’injures et de divagations ?
Il ne fait jamais bon « oser ne pas penser comme les autres », comme le dit Ionesco, surtout sur le sujet de la maternité, qui est sans doute un des derniers sujets tabous dans une société qui se vante de les avoir levés tous. Mon but n’était pas de traîner dans la boue ni les enfants (quelle idée !) ni les femmes qui en font, seulement de faire réfléchir sur un des rares sujets où nous ne réfléchissons pas, dans un des domaines où nous nous conduisons comme des animaux, ici en obéissant aveuglément comme eux à l’instinct biologique de reproduction de l’espèce, sans envisager les conséquences que cela implique pour nous et surtout pour nos descendants. Vous dites « si l’envie vous prenait de voir clair… » : je pense justement que j’essaie de voir clair et que c’est cette lucidité que vous ne supportez pas et que vous salissez de mots à défaut de pouvoir la contrer dans un raisonnement cohérent. Je préfère ceux qui me disent que j’ai choisi le pessimisme mais qu’eux préfèrent jouer la carte de l’optimisme : ils respectent mon point de vue et je respecte le leur.
J’emprunterai ma conclusion à Michel Leiris : « Je trouve que c’est un tort de procréer. Mais je n’arrive pas à considérer les gens qui procréent comme des criminels. » (L’Age d’Homme, 1939). J’aimerais qu’inversement, on ne considère pas comme des criminels irresponsables ceux qui ont choisi de ne pas procréer et qui disent pourquoi.

3. JPDT 11/01/2012

Ah ! les mots ! C'est beau ! à l'encre irréfléchie.
Un nombril a pris la parole pour parler des enfants ou de l'enfant ou encore de la maternité ou de la femme, on ne sait plus trop !
Pourtant l'enfant est rattaché à sa mère par une corde qui n'est pas là pour qu'il se pende ou qu'il s'étrangle mais bien pour qu'il puisse un jour voir le soleil et les petits oiseaux.
Il en gardera une petite trace d'ailleurs toute sa vie, un petit trou bouché, propre, pas un trou de balle (ou d'épée), non, un petit O rigOlO ! Un petit trou de bidon !
Mais attention, il se doit de l'entretenir mais de ne pas non plus l'astiquer tout le temps au risque de vivre courbé et dans l'ombre de sa silhouette et de son esprit alors mis sens dessus dessous, la tête en bas.
Malheureusement y’a des qui ne savent pas tout ça, alors ils prennent la vie que du mauvais côté en regardant celle-ci par le mauvais trou de serrure, le leur, leur nombril tout compliqué tout sale. Résultat : parfois quand ils prennent la parole ben les mots ils sont tout noirs tout sales aussi.
Alors de grâce svp madame je vous en prie gardez le pouvoir de vos mots bien à vous pour des sujets dont la noirceur n'a d'égale que votre état d'esprit.
Publiez des pages toutes noires si vous voulez mais ne mettez pas dans la boue, dans la suie, dans la merde, des êtres, présents et à venir qui ne vous attendront pas et qui ne vous demandent rien.
Si toutefois il vous prenait l'envie de voir clair, je vous invite à venir nous rendre visite du côté de la joie, de la vie, de la lumière ! Alleluia ! (non, là, je déraille !)
On pourra discuter de tout cela avec ma femme mes enfants les poules et les lapins les chats et même l'âne et même s'il pleut on ne désespère pas de vous arracher sans souffrance un sourire.

4. Clara 11/01/2012

Moi j'aime bien ce texte qui a le mérite de faire réfléchir certaines têtes bien pensantes ! Peu de gens sont prêts à se "mettre à nu !"

5. Brigitte Niquet 09/01/2012

Réponse à JFG
D'abord, merci de votre commentaire. Enfin, ça bouge !
Je vais essayer de répondre point par point à vos questions.
Ces femmes-là existent-elles vraiment ? Oui, ces femmes-là existent. J'en connais personnellement plusieurs et ce genre d'idées est d'ailleurs un des thèmes récurrents de la littérature féminine depuis Simone de Beauvoir.
Manquent-elles de maturité, dites-vous ? Je pense, au contraire, qu'elles font preuve d'une maturité, et en tout cas d'un niveau de réflexion, supérieurs aux autres. Elles ne refusent pas d'assumer leurs responsabilités mais, au contraire, si vous m'avez bien lue, elles refusent de faire assumer par d'autres (leurs enfants éventuels) un fardeau (la vie) qu'ils n'ont pas choisi.
Sont-elles aussi pessimistes devant la mort ? Peut-on être optimiste devant cette issue fatale de toute vie, y compris de celle(s) qu'on a donnée(s) ? Je laisse à François Cavanna le soin de répondre : "Savoir qu'au bout de notre vie il y a la hideuse vieillesse et la mort et ne pas aimer ça, c'est être pessimiste ? Alors, c'est que la vie aussi est pessimiste. Et c'est même elle qui a commencé. " J'ai moi-même beaucoup accompagné ma mère dans la dernière ligne droite et, par là-même, beaucoup fréquenté les hôpitaux de gériatrie et je demande à rencontrer celui qui est capable d'en sortir avec la moindre parcelle d'optimisme.
Il ne s'agit donc pas, à mon avis, de lâcheté, de fuite, ni d'étroitesse d'esprit, mais au contraire d'un degré supérieur de lucidité qui n'est pas l'apanage de tout le monde. En effet, la plupart des humains fuient devant l'idée de la vieillesse et de la mort, qu'ils ne parviennent pas à accepter, et cherchent à l'occulter par tous les moyens. C'est là, je pense, qu'il y a conduite de fuite, et non dans celle de ces femmes.
Je mesure tout à fait ce que ces propos peuvent avoir de choquant pour qui a décidé de pratiquer l'optimisme envers et contre tout, ce qui est parfaitement respectable. Mais personne n'a jamais pu convaincre, je crois, un pessimiste de devenir optimiste, ni inversement sans doute, et c'est tant mieux pour les optimistes. Heureux êtes-vous d'en faire partie.

6. JFG 09/01/2012

Ces femmes-là existent-elles vraiment ? Manquent-elles de maturité pour assumer leurs responsabilités devant la vie et le partage ? Sont-elles incapables de donner le témoin des expériences enrichissantes ? Ne désirent-elles pas se battre pour défendre leur sang ? Sont-elles aussi pessimistes devant la mort ? Sont-elles des marginales qui revendiquent sans agir ? Ont-elles essayé de construire leur univers dans le laxisme et dans la fuite ?
Texte intéressant qui nous interpelle et qui montre l'étroitesse d'esprit de certains individus qui fuient les responsabilités de la vie et ne veulent surtout pas s'impliquer dans l'échafaudage des raisonnements partagés et dans la communication pour exister. Merci.

7. Laetitia 09/01/2012

Pour 2012, on m'a souhaité "une bonne année... et un petit bout". Je n'ai su quoi répondre.

"Création d'un personnage, fabrication d'un héros à défaut d'en être un vous-même"

Connaissez-vous Chloé Delaume ? Elle évoque, entre autres, ce thème dans son dernier roman : "Une femme avec personne dedans".

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