Attention aux autres : Du terrorisme affectif

Céline voudrait dire à Daniel : « Je te quitte » – mais elle n'en fait rien, car elle sait par cruelle expérience qu'elle déclencherait un cataclysme qui ébranlerait les murs de la maison, ameuterait les voisins, réveillerait les enfants et la laisserait brisée, spectateur et victime d'un déferlement de violence qu'elle ne peut supporter. Elle se tait et elle reste. Elle a un maître-chanteur à domicile et elle paie.

Josée voudrait reprocher à sa collègue Viviane son incapacité professionnelle, son incurie, ses négligences – mais elle n'en fait rien car elle ne peut se résoudre à provoquer de sang-froid la scène trop prévisible : « Personne ne m'aime... Je suis maudite... Je n'ai plus qu'à mourir ». Viviane, d'ailleurs, a déjà pris soin de simuler une tentative de suicide, histoire de culpabiliser définitivement son entourage. Josée se tait, fait le boulot de sa collègue et n'en a même pas un remerciement. Elle vit le chantage au quotidien.

Jean-Jacques plastronne devant une assemblée de dix personnes, il fait la roue, il se vante jusqu'à l'invraisemblance, jusqu'au ridicule. Quelqu'un va-t-il le remettre à sa place au nom du simple bon sens ? Non, tout le monde se tait et sourit d'un air gêné, que le matamore est bien capable de prendre pour une approbation, car personne ne peut supporter de voir Jean-Jacques se rouler par terre (ce n'est pas une image), citer le ciel à témoin de l'incompréhension qui le cerne et gâcher la soirée amicale qui débutait. Jean-Jacques est un terroriste et il se sert de ses amis comme otages.

 La liste serait longue… Qui ne connaît dans son entourage de ces terroristes du sentiment, de ces bombes à retardement chargées de cris, de larmes, de hurlements, de menaces de suicide, que tout le monde manipule avec des précautions infinies, à qui personne n’ose dire leur fait, que personne n’ose contrarier ni même contredire, de peur du cataclysme toujours imminent ? Si par hasard ces terroristes sont investis d’une autorité quelconque, ils s’assurent ainsi définitivement l’obéissance silencieuse de leurs esclaves. Certes, il faut reconnaître qu’ils se conduisent en véritables kamikazes, qui se détruisent eux-mêmes dans le bruit et la fureur qu’ils engendrent. Jean-Jacques et ses semblables n’ont acquis la réputation qui assure leur tyrannie qu’au prix de bien des précédents dont eux non plus ne sont pas sortis indemnes. Mais ce sont surtout de vrais emmerdeurs, meurtriers de la paix et de l’harmonie qui sont pour d’autres une nécessité vitale. Avec eux, c’est tous les jours le salaire de la peur, et cette nitroglycérine vaut bien l'autre.

Commentaires (1)

1. Joséphine 24/11/2011

Un peu bref, ce billet-là ! Il y aurait tant à dire...

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