Attention aux autres

Prologue


Ce texte est dédié à ceux qui ne sont pas " nés résignés ".

A ceux qui pensent que les desseins de Dieu sont peut-être transcendants et impénétrables, mais que le Dieu en question, s'il existe, est tout de même un beau salopard.
" Si un dieu a vraiment CRÉÉ ça, je hais ce Dieu, je lui réserve la totalité de ma capacité de haine... Mais un Dieu ne PEUT PAS avoir VOULU une telle insanité.
Il n'y a pas de dieu. Heureusement.
Mais il y a les hommes. Hélas. "
(1)

A ceux qui ne trouvent pas si naturel que ça d'avoir des enfants et n'engendrent pas pour " donner un sens à leur vie " (Ma vie n'a pas de sens, je la duplique pour lui en donner un. Mes rejetons feront de même plus tard. Ubuesque).

A ceux qui ne pratiquent pas l'euphémisme de bon ton et qui ne cherchent pas à entortiller l'abominable dans les voiles de la bienséance.

A ceux qui ne vont pas aux enterrements avec une mine de circonstance et pensent que les chrysanthèmes sont de belles fleurs, qui n'ont pas mérité de pourrir dans les cimetières.

A ceux qui ne vont pas aux corridas, même s'il leur faut pour cela encourir les ricanements des imbéciles.
" Toute mort est ma mort, qu'on écrase l'escargot ou qu'on achève les blessés, qu'on chasse le canard sauvage en devisant aimablement ou qu'on bombarde l'hôpital... " (1)

A ceux qui écoutent vraiment les paroles de La Marseillaise et qui se demandent comment on peut chanter sans honte Qu'un sang impur abreuve nos sillons.

A ceux qui s'indignent de la bêtise, de la méchanceté, de l'injustice, du malheur, de la vieillesse, de la mort.

A ceux qui ne disent pas " merci " quand ils prennent une claque dans la gueule
Ni " bravo " quand les autres en prennent une.

A ceux qui, dans la merde de la condition humaine jusqu'au cou, n'ont pas peur d'y faire des vagues.

A ceux qui crient, qui pleurent, qui gueulent
Et tant pis si ça ne sert à rien
Ça sert à dire Je suis un homme, pas un mouton qu'on mène à l'abattoir et qui bêle son consentement.

A ceux qui...

Que de monde, que de monde !

C'est à se demander pourquoi, certains soirs, on se sent aussi seul.

 
(1) François Cavanna, L'oeil du lapin