Le bateau a eu une avarie - presse

article Voix du Nord 12/08/14

Vous pouvez lire l'article sur le site de la Voix du Nord en suivant ce lien : http://www.lavoixdunord.fr/region/dans-son-nouveau-recit-la-lommoise-brigitte-niquet-ia21b49765n2319160

Mais vous pouvez aussi vous contenter de la retranscription ci-dessous :

Dans son nouveau récit, la Lommoise Brigitte Niquet évoque les dernières années de sa mère, victime de la maladie d’Alzheimer            Le bateau 1e

PUBLIÉ LE 11/08/2014

PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE RAEPSAET

 

C’est en fait de la maladie à corps de Lewy, une forme aggravée d’Alzheimer avec hallucinations et crises de démence, que souffrait la mère de l’écrivain Brigitte Niquet. Celle-ci, malgré des relations difficiles, l’accompagna dans cette descente aux enfers pendant trois ans. Elle en fait aujourd’hui le récit, dur mais sans pathos, intime mais riche d’interrogations universelles sur la vie, la vieillesse, et la mort...

 

– D’où vous est venue l’envie de vous consacrer à l’écriture ?

« J’ai fait la moitié de ma carrière en collège, l’autre moitié en formation permanente au CUEEP. J’avais toujours écrit, pour moi, mais j’ai commencé à écrire pour être publiée à la quarantaine. En fait, c’est mon arrivée au CUEEP qui a été le déclencheur. J’y ai travaillé avec des adultes en grande difficulté, dans leur vie professionnelle ou privée. Nous avons eu des rapports très forts et j’ai recueilli de nombreuses confidences à ce moment-là. J’ai tout gardé en mémoire, pendant près de dix ans. Et puis, un jour, je me suis dit qu’il fallait que j’essaye d’en faire quelque chose... »

– La principale caractéristique de vos écrits, c’est qu’ils sont uniquement fondés sur le réel.

« En fait, je l’avoue, je n’ai aucune imagination ! Chaque histoire que je raconte a un point de départ réel. Ensuite, je commence mon travail littéraire. L’histoire qu’on m’a racontée, je ne la livre pas brute. Parfois, j’associe deux histoires, j’y ajoute un peu de ma vie, mes réflexions. »

– Vous êtes également très attentive à la langue...

« Je travaille beaucoup sur l’écriture. En tant que professeur de lettres, je veux proposer une écriture solide, une histoire crédible, tout en restant fidèle au langage des gens qui me l’ont racontée... »

– Vous avez principalement écrit des nouvelles. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre ?

« Le genre s’est imposé à moi. Ayant « collecté » les histoires très différentes de gens très différents, c’était difficile d’en faire un roman. Puis j’ai rencontré beaucoup de gens qui naviguent dans ce milieu, notamment au travers de la revue Nouvelle donne. La nouvelle est un art difficile, que très peu de gens maîtrisent, en fin de compte. Écrire des nouvelles, c’est aller à l’essentiel, se débarrasser de toutes digressions inutiles... »

– Vous lui avez pourtant fait une infidélité pour « Le bateau a eu une avarie ».

« C’est vrai que, cette fois, il s’agit d’un texte long. Presque 170 pages. Mais découpé en chapitres très courts. Je ne sais plus écrire autrement. Je ne sais plus diluer. »

– C’est un livre très différent des autres aussi parce qu’on est dans le domaine du témoignage pur.

« J’y évoque une expérience personnelle assez violente, sans fiction du tout. Je suis en fait partie d’un journal de bord que j’avais envoyé par mail au fur et à mesure à mes frères et sœurs. C’est vrai que j’aurais pu coller ces mails pour en faire un livre, mais j’ai voulu les retravailler, les condenser, et puis aussi y ajouter un peu d’humour et de distance. Ces courriers ont dormi pendant 4-5 ans. Ils contenaient trop de choses douloureuses pour moi. Et puis j’y ai repensé. J’avais fait la paix avec ça, je pouvais y revenir autrement. L’écriture est un merveilleux exutoire : finalement, je ne me suis vraiment sentie délivrée de cette relation avec ma mère et de sa fin que quand le livre a été terminé. L’écriture, et la lecture, adoucissent. »

– L’originalité de votre propos vient aussi des relations que vous entreteniez avec votre mère...

« Effectivement. Ce n’était pas une femme très facile, ni très aimable. Nous avons toujours eu des rapports très conflictuels. Malgré cela, je n’ai pas pu la laisser tomber. Je n’ai pas pu faire autrement que de l’accompagner pendant ses trois dernières années. Je pense que, dans ce livre, il y a beaucoup de choses, et pas seulement la maladie. Il y a les rapports mère-fille et toute leur complexité. »

– Qu’en disent vos lecteurs ?

« Certains me disent que s’ils avaient pu lire mon livre quand ils avaient été confrontés à cette situation, ils auraient été un peu moins démunis. On ne publie pas seulement pour se délester, mais aussi pour être utile. Le bateau a eu une avarie, c’est un livre de combats, en quelque sorte... »

 

Le bateau a eu une avarie, de Brigitte Niquet, éd. Les impliqués, 17 €. Cet ouvrage peut être commandé chez n’importe quel libraire, sur le site de L’Harmattan ou via le site de Brigitte Niquet.

Critique parue dans la revue Nouvelle Donne - avril 2014

Journal de bord d’un bateau ivre

par Leo Lamarche

 

La dernière fois que j’ai vu Maman, - consciente, s’entend, même si elle n’était plus lucide depuis longtemps – elle a essuyé sur ses joues les baisers que je venais d’y déposer. “Mais… Mais d’où nous connaissons-nous, Madame ?” m’a-t-elle demandé, outrée d’une telle familiarité. Je n’ai jamais trouvé les mots pour définir ce que j’ai ressenti en cet instant, angoisse, impuissance et terreur mêlées, qui m’ont fait me raccrocher aux montants du lit médicalisé comme à une bouée… Ces mots, Catherine, la narratrice, les a trouvés, les mots perdus ou jamais connus, pour dire l’expérience de la fin imminente. L’effroi, la tristesse et l’ambiguïté aussi, de ce qui nous lie, comme un ultime cordon ombilical, à ces proches qui s’en vont peu à peu explorer les rivages de la “démence sénile”, d’abord caricature de ce qu’ils ont été et ensuite enveloppe vide.

Mais point n’est besoin d’avoir vécu le long calvaire de cette famille pour être touché au cœur par ce récit rempli de compassion et d’humanité.

De la plume distanciée d’une entomologiste, Catherine décrit la première alerte, le séjour aux urgences, le diagnostic d’un médecin distrait – il en a vu bien d’autres ! – suivi de la longue spirale des élaborations délirantes. Elle décrit, sans pathos mais avec une infinie justesse, l’impuissance des blouses blanches, la culpabilité aussi, celle qu’entraînent les choix nécessaires que personne n’est préparé à assumer.

Cependant, la lecture de cette immersion dans les méandres de “l’humaine condition” n’est pas douloureuse, on sourit parfois avec elle des fantaisies de la paranoïa et l’on admire surtout l’instinct de survie de cette fratrie déchirée par une fin annoncée.

Quelle fille n’a pas eu, avec sa mère, des relations compliquées ? Elles sont présentes également, à travers ce journal où chaque phrase est une interrogation suspendue (Et moi ? Que va-t-il advenir ? Quelle sera ma propre fin que je sens à présent plus proche ?). Car si on vient à mesurer, au fil du temps, la fragilité de ses parents, on s’accroche à l’idée enfantine qu’ils sont indestructibles. Et voici qu’un jour, nos certitudes partent à vau-l’eau. C’est cet instant précis, cet instant où le gouffre s’ouvre sous nos pieds, que Brigitte Niquet a su si bien exprimer. Je souhaite à tous ceux qui liront ce récit dense, pudique, où passé et présent se superposent, le même courage et la même force d’âme.

 

Brigitte Niquet, Le bateau a eu une avarie, éd. L’Harmattan, coll. “Les Impliqués”, 172 pages, 17 euros. 

Article Est-Eclair et Libération Champagne 11 mai 2014

Article est eclair mai14