Le Temps d'apprendre à vivre - Extraits 1 et 2

Extrait 1

Depuis qu’un matin de mai, j’avais enlevé pour lui ma robe de petite fille pour ne plus jamais la remettre, je n’étais que désir de lui. Mais lui prônait “l’alternance”, terme emprunté à Montherlant et à sa célèbre série des Jeunes filles, qui constituait sa Bible et qu’il citait à tout propos. Les femmes, ma chère, sont un piège pour les hommes.  Sous couvert de tendresse, elles ne rêvent que de les embastiller. À eux donc d’être vigilants, de rester maîtres du jeu et de distiller leurs faveurs au compte-gouttes, sous peine de se retrouver en cage. Fort de ce principe, il se conduisait en pigeon voyageur et je n’osais lui avouer que j’en crevais, moi, de l’alternance, et que je ne l’estimais pas nécessaire pour que la présence de l’être aimé me soit une fête toujours renouvelée. D’ailleurs, le plus heureux de mes instants sans lui me semblait négligeable en regard du plus banal de mes instants avec lui. J’avais besoin de lui tout le temps, ce dont il me blâmait.


Extrait 2

Ma pauvre Catherine, tu as l’air malin, affalée près de ton téléphone, dans ton studio désert ! Tu comptes passer l’après-midi là, sur la moquette, et les jours suivants aussi, jusqu’à l’arrivée des nouveaux locataires ? Qu’est-ce que tu espères, misérable idiote ? Ah ! Tu attends que Philippe te rappelle, évidemment. Tu n’as jamais su faire grand-chose d’autre qu’attendre, mais pour ça, tu es douée. Et s’il n’appelait pas ? Si tu n’entendais plus jamais parler de lui ? Tu n’irais tout de même pas le relancer ? Il va téléphoner, dis-tu ? Mais oui, grande sotte, il va téléphoner, et tu serais bien inspirée de ne pas répondre. Sauve-toi, Catherine, sauve-toi, un homme capable de ce coup-là est capable de tout. Tu ne vas quand même pas décrocher et dire « Bonjour, chéri », hein, tu ne vas pas faire ça, Catherine ?