Rencontre avec les membres de l'association Zonta

Compte rendu de Fabienne V., présidente de l'association :

Brigitte Niquet fait partie de ces professeurs de lettres que l'écriture a toujours démangés. Son passage à l'acte date d'environ 20 ans. Elle a commencé par écrire des nouvelles, forme de récit dont elle apprécie la brièveté car elle aime aller à l'essentiel. Tout comme Prosper Mérimée, elle n'apprécie pas les « détails inutiles » et les descriptions « pour faire joli ».
Au début de sa carrière d'écrivain, elle s'est inscrite « pour se tester » à quelques-uns des 200 concours de nouvelles qui sont proposés chaque année en France. Elle en a remporté deux, ce qui l'a encouragée à poursuivre et lui a permis d'établir ses premiers contacts dans le monde de l'écriture et de l'édition.
A la suite de ces concours, elle est devenue pendant cinq ans, rédactrice-en-chef de la revue littéraire Nouvelle Donne. Tout en continuant à donner des cours de français, elle assurait donc ce « second métier », ce qui lui permit de multiplier les rencontres avec les écrivains.
Elle publia ses premières nouvelles dans des revues mais dut attendre une vingtaine d'années avant que N'Aimer Personne, son premier roman, soit édité.
Se faire éditer aujourd'hui en France relève, nous explique-t-elle, du « parcours du combattant ». Dénicher un éditeur est un métier à part entière. Les grandes maisons ne s'ouvrent plus aux jeunes auteurs et les plus modestes croulent littéralement sous l'afflux des manuscrits qui leur parviennent (jusqu'à 550 par mois). La littérature ne se vend pas très bien, de nombreuses petites maisons sont en faillite et les auteurs de fiction souffrent de la concurrence des « people ».
Brigitte Niquet a trouvé son éditeur dans le Gard. Ayant accepté ses conditions, notamment un changement de titre et un « travail de fourmi », qui pendant un an, a consisté à supprimer toutes les petites incohérences qu'il avait pu repérer dans son récit, elle se félicite aujourd'hui de cette collaboration. Le seul inconvénient fut que l'éditeur n'ayant pas de distributeur dans le Nord, le livre était introuvable dans les librairies de Lille, jusqu'à ce qu'il reçoive le Prix du Furet. Brigitte Niquet dut elle-même en porter dix exemplaires à la FNAC, qui furent les premiers à être disponibles dans la région. [...]
N'Aimer Personne est un « roman par nouvelles », dans lequel sept textes, au départ indépendants, ont été reliés par les histoires parallèles de quatre personnages féminins, que l'on suit de leur enfance jusqu'à l'âge de 30 ans environ. Brigitte Niquet confie que ces histoires lui ont été largement inspirées par les récits de personnes rencontrées dans les cours qu'elle donnait à des adultes en formation continue. Elle y a croisé des femmes sans emploi, qui cherchaient à se réinsérer et qui souvent, ne demandaient qu'à raconter leurs expériences à travers les exercices d'expression écrite et orale qui leur étaient proposés. Le livre ne comprend pas d'histoires d'hommes : les hommes étaient moins « bavards » et leur langage ne lui paraît de toute façon pas facile à reproduire.
Autre source d'inspiration : la douloureuse histoire des jumelles incapables de vivre des existences séparées, lui a été racontée par un ami psychiatre. Mais Brigitte Niquet n'hésite pas non plus à puiser dans sa propre vie, comme lorsqu'elle décrit avec humour ses relations avec sa fille adolescente.
N'Aimer Personne n'est pas un roman léger, même si certains épisodes sont racontés avec drôlerie. L'auteur ne sait pas très bien expliquer pourquoi elle n'est inspirée que par la noirceur. Elle avoue ne pas pouvoir écrire sur des gens qui vont bien et, comme la romancière Nancy Huston, qu'elle aime beaucoup, elle ne sait pas pourquoi, quand elle commence à écrire, elle croit toujours qu'elle va raconter quelque chose de joyeux, et finalement, l'histoire est toujours très sombre !
L'une des caractéristiques les plus frappantes du roman est le fait que l'auteur adopte tour à tour le point de vue des différents personnages ainsi que leur langage : celui d'une femme pied-noir, folle au point d'oublier qu'elle a une fille ; celui d'une petite fille de onze ans dont le père est parti un jour de la maison sans laisser ni explication ni adresse etc.
Brigitte Niquet explique qu'elle avait écrit ses premières nouvelles à la troisième personne, suivant le modèle de Maupassant. Mais cette écriture lui a été déconseillée comme trop classique : grâce aux concours, elle a compris qu'elle devait raconter ses histoires autrement, en s'immergeant dans le mode de pensée de ses personnages et en écrivant à la première personne.
[...]
Brigitte Niquet nous a expliqué la joie qui fut la sienne lorsque l'une de ses nouvelles (Une histoire de bicyclette) fut adaptée à la scène et jouée devant elle. Elle a pu alors mesurer en direct l'impact de son écriture sur son public, car l'un de ses regrets d'écrivain est de ne pas pouvoir plus souvent connaître les réactions de ses lecteurs.
Si tout va bien, son second roman sera publié au début de l'année 2005. Elle lui donnera le titre qu'elle avait prévu pour le premier Le Temps d'apprendre à vivre. Le roman est encore écrit à la première personne mais cette fois il s'inspire de sa propre vie.